Manger autour de l'entraînement quand l'agenda déborde
Quand on s'entraîne avec un agenda serré, la priorité n'est pas l'heure exacte du repas mais la quantité totale de protéines sur la journée, répartie en trois ou quatre prises. La Société internationale de nutrition sportive, l'ISSN, juge suffisant pour la plupart des personnes qui s'entraînent un apport de 1,4 à 2,0 g de protéines par kilo et par jour. Pour un dirigeant de 84 kg, cela représente environ 118 à 168 g. Par repas, elle suggère environ 0,25 g par kilo, soit 20 à 40 g, toutes les trois à quatre heures. La fameuse fenêtre de 30 minutes après la séance n'a pas cette rigueur : selon la même société, le meilleur moment relève largement de la tolérance individuelle, et l'effet anabolique de l'exercice dure au moins 24 heures. Ce guide montre comment couvrir ces besoins entre deux avions, sans transformer chaque journée en plan diététique.
Vos protéines par jour et par repas
Indiquez votre poids : le calcul donne le minimum d'un adulte sédentaire, la fourchette de l'ISSN quand on s'entraîne et la quantité visée par repas.
- Minimum d'un adulte sédentaire (0,8 g/kg)
- 67 g par jour
- Fourchette quand on s'entraîne (1,4 à 2,0 g/kg)
- 118 à 168 g par jour
- Par repas (environ 0,25 g/kg)
- 21 g au moins
Des repères pour une personne en bonne santé. En cas de maladie rénale ou de grossesse, demandez l'avis de votre médecin.
La quantité totale d'abord
La prise de position de l'ISSN sur le moment des apports nutritionnels est claire : atteindre l'apport quotidien total en protéines, de préférence en prises régulièrement espacées, doit être la priorité de toute personne qui s'entraîne. L'heure précise vient ensuite.
Une méta-analyse de 2018 portant sur 49 essais randomisés le confirme indirectement. Les compléments protéinés associés à la musculation ont ajouté en moyenne 2,49 kg de force sur une répétition maximale et 0,30 kg de masse maigre. Ces gains sont modestes, et ils plafonnent au-delà d'environ 1,6 g par kilo et par jour. Au-delà de ce seuil, ajouter des protéines n'a pas amélioré les résultats.
Combien par repas
L'ISSN propose deux repères équivalents : environ 0,25 g de protéines de bonne qualité par kilo de poids, ou une dose de 20 à 40 g, toutes les trois à quatre heures. Pour 84 kg, cela fait une vingtaine de grammes par repas au minimum.
Schoenfeld et Aragon, dans une revue de 2018, vont plus loin pour ceux qui cherchent à maximiser la prise de muscle : environ 0,4 g par kilo et par repas, sur au moins quatre repas, ce qui atteint au moins 1,6 g par kilo et par jour. Pour 84 kg, cela donne environ 34 g par repas. C'est une conclusion d'experts tirée d'une revue narrative, pas une règle absolue.
Ces mêmes auteurs contestent l'idée répandue selon laquelle le corps ne pourrait « absorber » que 20 à 30 g par repas. Un repas plus copieux en protéines n'est pas gaspillé.
La fenêtre de 30 minutes, un mythe tenace
Beaucoup de sportifs pressés avalent une boisson protéinée dans le vestiaire, de peur de « perdre leurs gains ». L'ISSN est plus nuancée. Les bénéfices existent que les protéines soient prises avant ou après la séance, et le meilleur moment est surtout une question de tolérance digestive. L'effet anabolique de l'exercice dure au moins 24 heures, même s'il s'atténue avec le temps.
Une précision utile : selon l'ISSN, des protéines de qualité prises entre la fin de la séance et deux heures après stimulent fortement la synthèse musculaire. Et la taille et l'heure du repas pris avant la séance influencent l'importance du repas d'après. Si vous avez déjeuné une heure avant de vous entraîner, rien ne presse. Si vous vous entraînez à jeun à 6 h, un petit-déjeuner protéiné dans les deux heures qui suivent est plus utile.
Trois journées types
La séance du matin à jeun. Entraînement à 6 h 30, réunion à 8 h 30. Petit-déjeuner à 7 h 30 avec des œufs ou un yaourt nature épais et des fruits. Déjeuner à 12 h 30 avec une portion de poisson, de viande ou de légumineuses. Collation vers 16 h. Dîner à 20 h. Quatre prises, régulièrement espacées. Notre guide de la routine sportive du matin détaille l'organisation.
La séance de midi. Collation protéinée vers 10 h 30, séance à 12 h 30, déjeuner sur le pouce à 13 h 30 : un plat avec une source de protéines et des légumes, pas seulement un sandwich.
Le jour de voyage. C'est là que l'apport chute. Prévoyez des solutions qui se transportent : yaourts, noix, fromage, œufs durs, ou un complément si c'est plus simple. L'ISSN rappelle que l'alimentation suffit à couvrir les besoins, et que les compléments ne sont qu'une manière pratique d'y parvenir.
Le reste de l'assiette
Les protéines ne font pas une alimentation. L'OMS fixe trois repères pour tous : au moins 400 g de fruits et légumes par jour, moins de 10 % de l'énergie sous forme de sucres libres, et moins de 5 g de sel par jour. Dans les buffets d'hôtel et les dîners d'affaires, ce sont ces trois repères qu'il faut surveiller, plus que les protéines.
Quant au nombre de repas, l'ISSN note qu'en dehors de l'entraînement, changer la fréquence des repas a peu d'effet sur la perte de poids et la composition corporelle. Mangez trois ou cinq fois par jour selon votre agenda : c'est le total et la qualité qui comptent.
Pendant le ramadan et par forte chaleur
Pendant le ramadan, toutes les prises se concentrent entre l'iftar et le suhoor. Deux ou trois repas protéinés dans cette fenêtre restent possibles : voyez ramadan et entraînement. Par forte chaleur, si un plat chaud ne vous tente pas après la séance, une boisson lactée ou un yaourt apportent à la fois des protéines et de l'eau. Les besoins en liquide sont traités dans hydratation et chaleur.
Ce qu'il faut retenir
- Un total quotidien de 1,4 à 2,0 g par kilo, selon l'ISSN.
- Trois à quatre prises de 20 à 40 g, espacées de trois à quatre heures.
- Pas de course contre la montre après la séance, sauf si vous vous êtes entraîné à jeun.
- Des aliments d'abord, des compléments si l'agenda l'impose.
Après 40 ans, l'effet des compléments diminue avec l'âge ; l'entraînement reste le moteur, comme l'explique la musculation après 40 ans. Et pour l'énergie de l'après-midi, voyez énergie et coup de barre.
En cas de maladie rénale ou hépatique, de diabète traité ou de grossesse, faites valider votre apport en protéines par votre médecin ou un diététicien. Les compléments sont peu contrôlés : préférez des produits testés par un laboratoire indépendant.
Pour caler vos repas sur vos séances, parlez-en à votre coach ; le club vous présente un coach choisi pour vous.
Questions
Faut-il un shaker de protéines après chaque séance ?
Non. L'ISSN rappelle qu'on peut couvrir ses besoins avec l'alimentation, et présente les compléments comme une simple solution pratique. Le moment de la prise relève surtout de la tolérance individuelle. Un shaker se justifie les jours où un vrai repas est impossible dans les heures qui suivent, par exemple entre une séance matinale et une journée de réunions.
Je saute souvent le déjeuner : est-ce un problème si je m'entraîne ?
Cela complique surtout la répartition. L'ISSN recommande des prises de 20 à 40 g toutes les trois à quatre heures, et un trou de huit heures entre le petit-déjeuner et le dîner rend le total quotidien difficile à atteindre. Une collation protéinée en milieu de journée, un yaourt ou des œufs, suffit à combler l'écart sans bloquer une heure dans l'agenda.
Plus de 2 g de protéines par kilo, est-ce plus efficace ?
Pas pour la masse musculaire, d'après les données disponibles. La méta-analyse de 2018 n'a trouvé aucun gain supplémentaire de masse maigre au-delà d'environ 1,6 g par kilo et par jour. L'ISSN situe la fourchette utile entre 1,4 et 2,0 g pour la plupart des sportifs. Les apports très élevés étudiés chez certains athlètes ne s'appliquent pas à tout le monde.
Le dîner d'affaires tardif nuit-il à la récupération après une séance du soir ?
Pas s'il apporte des protéines. Selon l'ISSN, des protéines prises dans les deux heures qui suivent la séance stimulent fortement la synthèse musculaire, et l'effet de l'exercice dure au moins 24 heures. Un dîner à 21 h après une séance à 19 h convient donc. Choisissez un plat avec une vraie portion de poisson, de viande ou de légumineuses, et limitez le sel.
Sources
- International Society of Sports Nutrition position stand: protein and exercise (2017)
- International Society of Sports Nutrition position stand: nutrient timing (2017)
- Schoenfeld and Aragon: how much protein can the body use in a single meal for muscle-building? (J Int Soc Sports Nutr, 2018)
- Morton et al.: protein supplementation and resistance training gains, a meta-analysis (Br J Sports Med, 2018)
- Organisation mondiale de la Santé : alimentation saine, principaux repères
- World Health Organization: healthy diet, key facts