HIIT : des séances courtes et intenses, avec les bonnes précautions
Le HIIT, ou entraînement fractionné à haute intensité, alterne de courts efforts durs et des phases de récupération : c'est une option sérieuse quand on a peu de temps, à condition de bâtir d'abord une base d'activité modérée. Une méta-analyse publiée en 2014, portant sur 273 patients atteints de maladies liées au mode de vie, a montré un gain de VO2 pic supérieur de 3,03 ml/kg/min avec le fractionné, soit environ 9,1 % et près du double de l'effort continu modéré. Pour la tension, la sensibilité à l'insuline ou la composition corporelle, le comité scientifique des recommandations américaines de 2018 juge en revanche les effets comparables à ceux de l'effort modéré. Le HIIT n'est donc pas une méthode miracle. C'est un format efficace en minutes, plus exigeant pour les articulations et le cœur, qui demande une montée en charge progressive et, selon votre santé, un avis médical préalable.
Durée de votre séance de fractionné
Réglez l'effort, la récupération et le nombre de répétitions : le calcul donne la durée totale, échauffement compris, et le temps réellement passé à haute intensité.
- Séance complète
- 29,7 minutes
- Temps à haute intensité
- 5,3 minutes
- Rapport effort et récupération
- 1 pour 2
Un format de départ, pas une prescription. Ajoutez des répétitions d'une semaine à l'autre plutôt que de raccourcir la récupération d'emblée.
Ce que le HIIT apporte vraiment
Le principal atout du fractionné est la condition cardiorespiratoire. Dans la méta-analyse de Weston et ses collègues, dix études ont comparé le HIIT à l'effort continu modéré chez des patients souffrant de maladie coronaire, d'insuffisance cardiaque, d'hypertension, de syndrome métabolique ou d'obésité. Le fractionné a fait progresser le VO2 pic presque deux fois plus.
Deux nuances s'imposent. Ces participants étaient des patients, suivis en milieu encadré, et non des dirigeants en bonne santé qui s'entraînent seuls. Et pour les autres marqueurs de santé, le tableau est plus équilibré.
Comparable, pas supérieur, pour les facteurs de risque
La revue de Campbell et ses collègues, préparée pour les recommandations américaines de 2018, conclut avec un niveau de preuve modéré que le HIIT améliore la sensibilité à l'insuline, la tension artérielle et la composition corporelle. Mais ces effets sont comparables à ceux de l'effort continu modéré, et plus probables chez les adultes à risque cardiovasculaire ou diabétique que chez les adultes en bonne santé.
La même revue note que les données manquent pour établir une relation dose-effet. Autrement dit, on ne sait pas si deux séances valent mieux qu'une, ni combien de répétitions sont nécessaires. Méfiez-vous des promesses chiffrées du type « quatre minutes suffisent » ou « vous brûlez des calories pendant 48 heures » : nous n'avons trouvé aucune preuve vérifiée pour les étayer.
Le risque, mesuré honnêtement
Le fractionné fait peur à certains, et d'autres le pratiquent sans précaution. Les données permettent de trancher entre ces deux excès.
Une étude norvégienne a suivi 4 846 patients coronariens en réadaptation, soit 175 820 heures d'entraînement. Elle a relevé un arrêt cardiaque mortel pour 129 456 heures d'effort modéré et un événement non mortel pour 23 182 heures de fractionné intense. Les auteurs jugent le risque faible dans les deux cas. Le nombre d'événements était très réduit et le cadre était supervisé.
Les mêmes auteurs rappellent que l'effort vigoureux peut augmenter de façon aiguë et passagère le risque d'accident cardiaque chez les personnes prédisposées, alors que l'activité régulière abaisse ce risque dans l'ensemble. L'ACSM ajoute que les blessures et les incidents sont probablement plus fréquents qu'à intensité plus basse : le risque grandit avec l'ampleur de la surcharge.
Avant de commencer : le bon tri
L'ACSM a simplifié en 2015 le bilan préalable à l'exercice. Il repose sur trois questions :
- Êtes-vous actif aujourd'hui, ou partez-vous de zéro ?
- Avez-vous des signes ou symptômes, ou une maladie cardiovasculaire, métabolique ou rénale connue ?
- Quelle intensité visez-vous ?
Si vous êtes inactif et que vous avez une maladie connue de ce type, ou des symptômes comme une douleur dans la poitrine, un essoufflement inhabituel ou un malaise, consultez votre médecin avant le fractionné intense. Dans tous les cas, commencez par quelques semaines d'activité modérée régulière. Notre guide sur l'entraînement en zone 2 en donne la méthode.
Construire une séance qui tient dans 25 minutes
L'ACSM souligne que les formats varient beaucoup : durée des efforts, durée des récupérations, intensité de chacune, nombre de cycles. Il n'existe pas de protocole officiel. Voici une trame raisonnable pour un débutant entraîné, à adapter avec un coach.
- Échauffement : 8 à 10 minutes d'effort progressif, jusqu'à transpirer légèrement.
- Efforts : 30 à 60 secondes à 7 ou 8 sur 10, l'échelle de l'effort vigoureux selon l'OMS. Vous ne pouvez plus dire que quelques mots.
- Récupération : au moins aussi longue que l'effort au début, souvent deux fois plus.
- Répétitions : 6 à 8 au départ, puis davantage au fil des semaines.
- Retour au calme : 5 minutes d'effort léger avant la douche.
Le support compte. Un vélo ou un rameur sollicitent moins les articulations que les sauts ou la course. Dans une chambre d'hôtel, un circuit au poids du corps peut faire l'affaire : voyez la séance de sport à l'hôtel.
Combien de séances par semaine
Le NHS indique que plusieurs séances courtes d'activité très vigoureuse peuvent suffire à couvrir l'objectif hebdomadaire. Pour un emploi du temps de dirigeant, une ou deux séances de fractionné par semaine, complétées par du renforcement et par une ou deux séances modérées, forment un ensemble équilibré.
Le fractionné fatigue plus que l'effort modéré. Laissez au moins une journée plus calme après chaque séance, et surveillez votre sommeil et votre pouls du matin. Notre guide sur la récupération après l'effort explique comment lire ces signaux. Si vous enchaînez les décalages horaires, gardez les séances intenses pour les jours où vous êtes reposé.
Dubaï, la chaleur et le jeûne
Selon l'ACSM, la fatigue survient plus vite à mesure que la contrainte thermique augmente. Faites le fractionné en salle climatisée, ou très tôt le matin, et buvez avant de commencer. Pendant le ramadan, une petite étude a montré une baisse des efforts intenses réalisés à jeun ; mieux vaut les placer après l'iftar, comme l'explique notre guide ramadan et entraînement.
Arrêtez immédiatement en cas de douleur dans la poitrine, de vertige ou d'essoufflement anormal, et faites-vous examiner avant de reprendre.
Un entraîneur qualifié sait doser la progression et adapter le format à vos articulations. Le club met en relation avec de tels coachs : vous pouvez y ouvrir votre espace.
Questions
Le HIIT convient-il à un dirigeant de plus de 50 ans ?
Oui, si la progression est prudente et si votre santé le permet. L'âge seul n'est pas une contre-indication dans le modèle de bilan de l'ACSM : ce sont l'activité actuelle, les symptômes ou maladies connues et l'intensité visée qui comptent. Après une longue période sans sport, ou avec une maladie cardiaque, métabolique ou rénale, demandez d'abord l'avis de votre médecin.
Faut-il préférer le vélo, le rameur ou la course pour le fractionné ?
Le vélo et le rameur sont souvent les plus sûrs pour commencer, car ils limitent les chocs sur les articulations. La course demande des tendons habitués à l'impact. Le choix doit surtout permettre d'atteindre un effort de 7 ou 8 sur 10 sans douleur articulaire. Changer de support d'une semaine à l'autre est possible, tant que la progression reste mesurée.
Une séance de fractionné de 20 minutes remplace-t-elle une heure de footing ?
Pour la condition cardiorespiratoire, elle peut faire au moins autant chez certains publics, d'après les études chez des patients. Pour la tension ou la glycémie, les effets sont comparables, pas supérieurs. Le calcul de l'OMS compte une minute vigoureuse comme deux minutes modérées. Vingt minutes de fractionné ne valent donc pas toujours une heure, mais elles comptent beaucoup.
Comment savoir si je récupère assez entre deux séances de HIIT ?
Regardez trois signaux simples : la qualité de votre sommeil, votre pouls de repos du matin comparé à votre habitude, et votre envie de vous entraîner. Si plusieurs se dégradent en même temps, remplacez la séance intense par un effort modéré. Une baisse de performance accompagnée d'une fatigue qui dure plusieurs semaines justifie une consultation médicale.
Sources
- Weston et al.: high-intensity interval training in lifestyle-induced cardiometabolic disease (Br J Sports Med, 2014)
- Campbell et al.: high-intensity interval training for cardiometabolic disease prevention (Med Sci Sports Exerc, 2019)
- Rognmo et al.: cardiovascular risk of high- versus moderate-intensity exercise in coronary heart disease patients (Circulation, 2012)
- American College of Sports Medicine: high-intensity interval training, for fitness, for health or both?
- Riebe et al.: updating ACSM's recommendations for exercise preparticipation health screening (Med Sci Sports Exerc, 2015)
- NHS: physical activity guidelines for adults aged 19 to 64
- Bull et al.: World Health Organization 2020 guidelines on physical activity and sedentary behaviour (Br J Sports Med, 2020)
- Organisation mondiale de la Santé : activité physique, principaux repères
- American College of Sports Medicine: exertional heat illness during training and competition (2007)
- Aziz et al.: the optimal time of day for an intense interval session during Ramadan fasting (Chronobiol Int, 2012)